Iseult&Evaelle : les jeunes et les réseaux sociaux au théâtre

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Crédit: Émilie Dutil-B

Depuis le 3 novembre, la pièce Iseult&Evaelle circule dans les maisons de la culture de plusieurs arrondissements de Montréal. D’après une production de Ce n’était pas du vin, ce conte jeunesse soulève des thèmes d’une grande actualité : l’amour et le deuil à l’heure du numérique, le suicide et l’homosexualité chez des adolescents. De sa conception à sa diffusion, il a intégré des adolescent.e.s de plusieurs écoles des arrondissements de Pierrefonds-Roxboro et de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension au travers de projets de médiation culturelle et de résidences d’artistes.

L’amour à l’heure des réseaux sociaux

Iseult & Evaelle sont deux adolescentes éprises l’une de l’autre. Leur relation s’est terminée abruptement avec le suicide d’Evaelle. La pièce se déroule devant un triangle de terre qui symbolise la tombe de cette dernière. Iseult se remémore ses souvenirs en relisant constamment la page Facebook de son ancienne amante. Elle se met à entendre le choeur Facebook qui chante les commentaires que les amis virtuels d’Evaelle ont laissés sur sa page. Pour échapper à toutes ces voix qui la hantent, Iseult finit par quitter le cimetière virtuel où repose Evaelle pour continuer à vivre sa vie.

Composé de Pénélope Bourque et de Véronique Bossé, le collectif Ce n’était pas du vin a été fondé en 2014 avec ce projet de pièce qui a donné le ton à la démarche que les artistes veulent adopter pour la suite : une démarche orientée vers la proximité et la médiation culturelle.

La médiation culturelle au cœur d’un processus de création

Crédit: Véronique Bosse

Crédit: Véronique Bosse

Si les deux artistes n’avaient pas prévu d’avance que la médiation culturelle prendrait une telle place dans leur processus, elles avaient néanmoins dès le départ le désir d’aller à la rencontre des jeunes. Elles ont offert des ateliers à des adolescent.e.s d’une maison de jeunes de Longueuil et de l’école secondaire Saint-Joseph de Saint-Hyacinthe pour recueillir leurs avis et leurs commentaires sur Evaelle. Son personnage Facebook a été créé et les jeunes ont interagi avec en alimentant la page. Puis le personnage a annoncé la date de son suicide. Dans la pièce, le décompte des choses que l’héroïne veut faire avant de mourir vient de là. Les jeunes ont pu continuer d’interagir avec la page commémoration du personnage et lui ont donné de la densité.

Par la suite, le collectif a été contacté par Claudia Poirier, l’agente culturelle de l’arrondissement Pierrefonds-Roxboro, pour faire partie des activités de médiation dans l’arrondissement. Entre novembre 2015 et mai 2016, Pénélope Bourque et Véronique Bossé ont offert des ateliers à des jeunes très motivés de l’école Charlemagne, une école qui a la particularité d’offrir un programme d’art dramatique obligatoire à tous ses élèves, peu importe leur orientation. Les ateliers avaient cette fois pour but de créer le personnage du choeur, tout en permettant aux jeunes de se familiariser avec la production théâtrale. Ces derniers ont pu faire la rencontre de professionnels, comme une actrice, une chorégraphe ou une conceptrice de costume, et ont suivi l’évolution de chaque collaboration au fur et à mesure que le projet avançait. Ils ont d’ailleurs été mis à contribution pour concevoir les costumes et ont réalisé le «moodboard» du spectacle : un tableau visuel de tendances qui permet de donner le ton, les couleurs aux costumes et à l’univers de la pièce.

Dans un troisième temps, le collectif a pu faire des tests de mise en scène dans l’espace avec les élèves de l’école Joseph-François-Perrault dans le cadre d’une résidence de création à la maison de la culture de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension. Après une première rencontre, les jeunes ont assisté à la présentation de deux ou trois scènes du spectacle en montage. Ils ont donné leur avis et comparé le résultat avec ce qu’ils avaient imaginé. Leurs commentaires étaient très constructifs et ont permis d’ajuster les scènes.

 

Briser les frontières entre le théâtre et le public

La médiation culturelle se prolonge à présent sur scène, puisque deux jeunes élèves de l’école Charlemagne font partie du choeur Facebook qui clame ses commentaires aux deux héroïnes. «Les jeunes qui sont restées dans le processus sont traités comme des interprètes au même titre que les autres actrices et chanteuses. On les traite comme des professionnelles», explique Pénélope Bourque. Entre les répétitions et les représentations, les élèves ne s’attendaient pas à ce que la pièce leur demande autant de travail, mais elles n’ont pas lâché. C’est un véritable engagement pour elles. Lors de la première représentation le jeudi 3 novembre à la maison de la Culture du Plateau-Mont-Royal, elles étaient aussi fébriles qu’enthousiastes de monter sur scène.

Crédit: Véronique Bosse

Crédit: Véronique Bosse

Pour Pénélope Bourque, la médiation culturelle donne tout son sens à ce qu’elle fait. Elle ne se voit pas comme une enseignante dans cette démarche. Bien sûr, dans le cadre des ateliers, les artistes professionnelles essayent d’apprendre des choses aux jeunes, mais «le premier but de ces ateliers, c’est la rencontre, c’est d’avoir une communication, et que ce soit fait dans un contexte d’échange et de partage entre les jeunes et les artistes».

En intégrant des communautés dès le début du processus de création, on peut rendre le théâtre plus accessible et briser les préjugés qui l’entourent. C’est ce que le collectif a pu faire avec Iseult&Evaelle grâce au réseau Accès culture. Les ateliers de médiation, mais aussi la gratuité des spectacles et la proximité des salles ont permis de construire un rapport différent avec le public. Pour ce spectacle, l’implication des écoles et la gratuité prend d’ailleurs tout son sens. Les adolescent.e.s n’y seraient probablement pas allé.e.s sans cela.

 

 

Dates des représentations :

3 novembre 2016 20h – Maison de la culture du Plateau-Mont-Royal
4 novembre 2016 20h – Auditorium Le Prévost
5 novembre 2016 20h – Maison de la culture Pointe-aux-Trembles
11 novembre 2016 13h – Collège Beaubois
24 novembre 2016 19h30 – Centre culturel de Notre Dame de Grâce
25 novembre 2016 14h et 19h – Maison de la culture Frontenac

Pour réserver >>

 

Pour aller plus loin

Iseult&Evaelle est présenté dans une maison de la culture près de chez vous jusqu’au 25 novembre. Consultez le site du réseau Accès culture pour connaître l’horaire des représentations et pour acheter vos billets: www.accesculture.com/Iseult&Evaelle.

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