La slam-poésie avec Ivy : les écoles secondaires prennent le rythme

Marcelle Pallascio, chef de la division culture de l’arrondissement de LaSalle, cherchait un antidote à l’appauvrissement du français chez les jeunes. Dans ses rêves les plus fous, cette amatrice de poésie communiquait son enthousiasme aux élèves de l’école secondaire Cavelier-de-LaSalle. Mais de la bouche des principaux intéressés, elle entendait surtout que la poésie, c’était des «vieilles affaires» et «des trucs pour les filles». Ça, c’était avant qu’elle ne leur fasse découvrir le slam.

Par la grande porte
Le slam, un art déclamatoire présenté sous la forme de joutes, a été inventé par Marc Smith dans le Chicago des années 1980. À la base, il s’agit d’un court poème de moins de trois minutes, rimé ou pas, écrit pour être performé devant un public qui réagit à l’œuvre en lui attribuant une note. Sans provenir du rap, le slam partage avec ce style musical une rythmique incisive et l’art de la phrase coup de poing.

La slam-poésie

Ivy, artiste slammer, entouré des étudiants finalistes de l’École Cavelier-de-LaSalle lors du Tournoi de slam-poésie, mai 2008.

Marcelle Pallascio était tellement convaincue que cette forme oratoire allait raviver l’intérêt des jeunes pour le français qu’elle a démarré le projet Les chemins de traverses, la slam-poésie, pour lequel elle a pu compter sur la précieuse collaboration de l’artiste Ivy, apôtre québécois du slam et fondateur de SlamMontréal. Dès que ce dernier a commencé à donner ses ateliers de slam-poésie aux jeunes de 4e et de 5e secondaire en janvier 2008, l’engouement a été presque instantané. Si une partie du projet se déroulait dans les cours de français, les volontaires étaient invités à participer au tournoi hebdomadaire de slam sur l’heure du midi. Parmi les 278 élèves présents aux ateliers en classe, 52 ont participé aux tournois, qui se déroulaient devant plus de 330 spectateurs. C’est dire à quel point le slam est entré par la grande porte à Cavelier-de-LaSalle.

Note: Sur la photo on peut voir: Marcelle Pallascio instigatrice du projet, Manon Barbe, mairesse de l’arrondissement de LaSalle, Richard Deschamps, conseiller de Ville, Julie Lavigne directrice de l’école, l’équipe des professeurs, Christine Touzin, conseillère pédagogique en art et culture à la CSMB, et les slameurs invités de SLAMONTRÉAL.

Trouver sa voix
Le slameur Ivy a été renversé par la facilité avec laquelle les jeunes se sont mis à jouer avec les rimes et avec le médium. La plupart d’entre eux se sont livrés sans aucune pudeur. «Ç’a vite enflammé les esprits et les cœurs. Une communauté slam s’est créée, à laquelle d’autres élèves se sont joints. Une surprise comme il en arrive toujours dans le slam, c’est un jeune de secondaire 1 qui a remporté le concours annuel!», s’étonne encore Ivy.

De son côté, Marcelle Pallascio n’en finit plus de mesurer les retombées positives du projet. En plus de stimuler la créativité des jeunes, de renforcer leur connaissance de la littérature et de la poésie, d’encourager leurs efforts à s’exprimer correctement, le slam a aussi permis aux jeunes d’acquérir une aisance quand vient le temps de prendre la parole en public. «Certains élèves, qui délaissaient leurs cours de français, sont venus par curiosité aux ateliers. Ils se sont pris à leur propre jeu. Quelques semaines plus tard, ils s’inscrivaient aux tournois. Résultat: ils ont fait des progrès énormes en français!», ajoute Marcelle Pallascio.

Le slameur Ivy

Le slameur Ivy

Il fait dire que le slam tombe aussi à point dans la période d’affirmation de soi qu’est l’adolescence. «J’avais oublié à quel point on peut se servir du poème pour se guérir, pour lancer devant soi des coups de sonde dans l’inconnu en espérant qu’on nous réponde», poursuit Ivy. À cet âge, beaucoup d’adolescents vivent leur première peine d’amour, d’autres ont vécu la mort d’un ami. Ils se sont laissés guider par les mots dans ce que Marcelle Pallascio qualifie même de chant libératoire. Elle a entendu des nouveaux arrivants au français encore hésitant se lancer dans l’aventure, laissant tomber la barrière de la langue, et livrant ainsi des bijoux de témoignages sur la vie dans le pays et sur l’intégration à une autre culture. «Avant, les poètes déclamaient leurs vers à la cour du roi, rappelle Madame Pallascio. Maintenant, il y a les slameurs pour faire état de leurs préoccupations face à un avenir inquiétant. Le slameur, c’est le poète du 21e siècle.»

À noter : Projet soutenu dans le cadre du Programme de médiation culturelle des arrondissements montréalais.

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